“Féministes du monde arabe” – fiche de lecture by Leslon M.

En baladant dans le rayon « Nouveaux arrivages » de la bibliothèque – ce qui constitue mon petit rituel dès que j’y mets les pieds – je suis tombée sur le livre de Charlotte Bienaimé : Féministes du monde arabe.

L’essai de Charlotte Bienaimé est en fait l’histoire des femmes qu’elle a rencontrées lors de ses reportages au Maghreb et en Egypte pour France Culture au moment des révolutions arabes. Je ne vous recommande pas vraiment sa lecture parce qu’il n’est pas très bien structuré et surtout rempli de redites, mais cet essai a quand même eu l’avantage de me faire réaliser ou apprendre certaines choses à propos du féminisme dans les pays arabes.

En Tunisie, au Maroc, en Algérie ou encore en Egypte, être féministe est loin d’avoir la même signification qu’en Europe. Et même entre ces quatre pays, des différences énormes au sujet de la position de la femme existent. Je me suis donc dit qu’il serait pas mal de mettre en avant des faits repris du livre de Charlotte Bienaimé.

En vrac :

* En Tunisie, Egypte, Algérie et au Maroc, la fille hérite toujours de la moitié de la part de son frère.

* En Egypte, le divorce revient, de droit, à l’homme. Il lui suffit de dire par trois fois « je vous répudie » et d’enregistrer l’annonce chez un notaire religieux. La femme, elle, doit apporter la preuve d’un de ces motifs :
– maladie mentale ou impuissance du mari
– absence d’entretien ou d’aide financière
– abandon du domicile
– peine d’emprisonnement ou comportements préjudiciables comme l’abus mental ou physique
Depuis 2000, la femme Egyptienne peut demander le divorce sans faute, mais s’engage à restituer sa dot et renonce à un soutien financier.

* En Tunisie, pour qu’une femme puisse avoir un appartement seule (en dehors de l’université) il lui faut l’accord de sa famille et celui du propriétaire du logement.

* Au Maroc, l’article 475 du Code pénal permettait (jusqu’en 2014) au ravisseur d’une jeune fille mineur d’être acquitté après avoir été inculpé pour viol, s’il se mariait avec sa victime. (Au passage, c’est toujours possible au Liban, en Malaisie, en Indonésie ou au Venezuela.)

* Dans la plupart des pays du Maghreb, du Moyen et du Proche-Orient, les relations sexuelles hors mariage sont taboues et proscrites. Au Maroc, les relations sexuelles avant le mariage sont passibles de peine allant d’un mois à un an de prison.

* Seule la Tunisie autorise, depuis 1973, l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG), sans condition, durant la période légale de trois mois. Ailleurs, en Egypte,  Syrie, Libye, Irak, aux Emirats arabes unis, il est illégal. Jusqu’en mai 2015, le Maroc autorisait l’avortement uniquement lorsque la vie de la mère était en danger.

* En Algérie, il est mal vu qu’une femme s’attarde en rue, qu’elle y fume, qu’elle y flâne sans raison, qu’elle s’assoit dehors pour lire un livre…

Déjà, ça donne un petit aperçu de ce qu’est la vie de femme dans ces pays, mais ce n’est pas tout…

Des témoignages

Dans son essai, Charlotte Bienaimé recense aussi des nombreux témoignages, tous plus hallucinants les uns que les autres. En voici, une mini sélection :

* Témoignage de Shahinaz, égyptienne, à propos du harcèlement de rue : « Il faut vraiment faire attention et regarder tout le temps s’il y a des hommes, où sont les hommes. (…) Parce qu’un homme qui arrive proche de toi, il va te toucher, entre les jambes ou les seins, ou il va venir dans tes oreilles pour dire un mot très vulgaire genre « je veux te baiser ». C’est vraiment l’enfer. »

* Au Maroc, en Algérie ou en Egypte, « se faire toucher dans la rue, dans le bus, c’est tous les jours » explique Rajae, une jeune marocaine. Selon une étude de l’ONU de 2013, 99.3% des femmes égyptiennes ont déjà été victimes de harcèlement verbal ou physique.

* Témoignages sur le phénomène des « cercles d’enfer » sur la place Tahrir lors du Printemps arabe, technique qui consiste à encercler très rapidement une femme, seule ou accompagnée, puis à l’isoler de son entourage. « Le groupe d’agresseurs vous tire alors vers le bas, vers le sol et ils font deux, trois cercles autour de la victime. En fait, de l’extérieur, ça apparait comme une bagarre entre mecs. (…) Du coup, la victime pouvait rester dedans pendant une demi-heure, une heure, où elle se faisait tripoter dans tous les sens. (…) Imaginez une femme entourée par une vingtaine, une trentaine de personnes, qui la touchent de partout. Il y avait souvent des cas de viols avec les doigts. »

Les progrès

Le livre raconte les combats menés par les féministes du monde arabe et souligne les rares améliorations qu’elles ont pu obtenir.

Quelques exemples :

* En Tunisie, Le Code du statut personnel, interdit la polygamie et la répudiation, exige le consentement des deux époux et instaure le divorce judiciaire.

* Au Maroc, en 2004, les femmes obtiennent le droit de voyager librement, la suppression de la tutelle, l’augmentation de l’âge légal du mariage à 18 ans et un encadrement plus strict de la polygamie.
En Egypte, le droit des femmes est amélioré en 2009 avec l’âge du mariage relevé à 18 ans, la criminalisation des mutilations génitales sur les jeunes filles, la libre circulation des femmes,

Ces avancées sont significatives mais mettent surtout en avant les nombreuses règles qui régissaient la vie des femmes de ces pays-là. Avant ces réformes, les femmes devaient quand même demander l’autorisation de leur père ou de leur mari pour circuler !

Islam et féminisme

On aurait tendance à penser qu’islam et féminisme ne sont pas réellement compatibles. Pourtant, il existe un mouvement de féministes islamiques, né en Iran, qui explique que les interprétations des textes sacrés ont été produites par hommes, à une période révolue, et qu’elles font la part belle à une société patriarcale. Aujourd’hui, ce mouvement croit en la réinterprétation du Coran par des femmes.

Certaines féministes islamiques mettent en avant des « interprétations archaïques du Coran », comme on peut le lire dans le livre de Charlotte Bienaimé. Par exemple, selon Asma Lamrabet, qui dirige le Centre des études féminines en islam, au Maroc :

* rien dans le Coran n’impose le port du voile à la femme.
Selon elle, c’est une recommandation mais pas une obligation. Elle argumente son propos en ajoutant que dans le texte, le passage qui fait référence au khimar (foulard) ne mentionne aucun châtiment pour celle qui ne le porte pas (alors qu’une obligation dans le Coran est toujours suivie d’un châtiment), signe qu’il ne s’agit donc pas d’une obligation.

* la monogamie est la norme en islam.
Elle s’appuie sur ce passage sourate 4, verset 3 du Coran qui dit : « Epousez comme il vous plaira, deux, trois ou quatre femmes. Mais si vous craignez de ne pas être équitables, prenez une seule femme. »

* l’héritage qui exclue la femme est dépassé.

Mais la majorité des femmes qui se disent féministes au Moyen-Orient, tendent à séparer leur mouvement un maximum des principes religieux pour établir un féminisme plus universel, qui ne serait pas soumis « à des particularités religieuses, ethniques  ou culturelles ».

En tout cas, cet essai de Charlotte Bienaimé m’a montré qu’ « être féministe » n’a pas le même sens selon le pays où l’on vit. Mais qu’il a toujours une cause commune, le respect des droits de la femme et son égalité avec l’homme.

Leslon M.

Instagram : Seat 28H

 

Pour aller plus loin :

(Visited 144 times, 1 visits today)

Leave A Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *